La gestion des bio-déchets en 2016 ?

Depuis la loi grenelle 2, il y a une obligation pour les gros producteurs alimentaires de trier et de valoriser leurs bio-déchets. Au 1er janvier 2016, les seuils sont passés à 10t de matière par an. En 2025, l’obligation concernera tous les français.

Le mardi 15 mars 2016, l’Ordif organisait une matinée consacrée au tri et à la valorisation des bio-déchets. Qu’en retenir ?

Une situation schizophrénique !

La matinée a été ouverte et conclue par le nouveau président de l’Ordif. Sa conclusion soulignait un aspect schizophrénique de la France. D’un côté, une volonté politique forte d’être vertueux sans connaître la situation du terrain. De l’autre, des gros producteurs dans des situations contrastées, parfois financièrement fragiles qui devraient, dans un contexte économique & financier difficile utiliser des exutoires insuffisamment nombreux pour traiter l’ensemble des bio-déchets générés. Des solutions existent. Mais, la mise en place d’un écosystème efficace et viable peine à émerger.

Un écosystème en émergence

Les présentations de différents intervenants ont permis de dresser un tableau de la situation des bio-déchets & de leur mode de traitement. Essentiellement en France, mais aussi avec un éclairage international grâce à des participants à des projets européens (Bin2Grid, Biogas3). Les échanges étaient structurés en plusieurs temps. Une représentante de la direction de l’environnement, de l’agriculture et de l’énergie du Conseil régional d’Ile de France a explicité la stratégie de développement de la méthanisation. Ayant eu l’occasion de visiter deux unités de méthanisation, nous avons pu mieux appréhender les difficultés et enjeux de ce chantier stratégique lancé récemment qu’est la méthanisation.

Trois porteurs de projets sont revenus sur leurs expérimentations. Celle qui a le plus retenu notre attention était la présentation du directeur général de la société Valbio. Nous accompagnons actuellement un projet de valorisation des marcs de bières sur lequel nous avons observé des similitude avec l’expérimentation présentée. Ce dernier a expliqué que 10 l de lait produisait 9 kg de déchets. Et que, parce que les exutoires du XXe siècle n’étaient plus pertinents, il avait été nécessaire d’en trouver de nouveaux. Une unité de méthanisation, maintenant opérationnelle, intégrée dans le process de traitement des bio-déchets semble avoir démontré son utilité.

Un représentant de l’Ademe est venu clarifié certains points dans le foisonnement législatif lié aux bio-déchets. Incidemment, il a fait part de bruits de couloir sur de futurs contrôles des autorités compétentes.

Des acteurs qui se parlent

Une table ronde, réunissant différents acteurs dans la gestion des bio-déchets (restaurateurs, grande distribution, logisticien & opérateur de bio-déchets, syndicat public de gestion de bio-déchets, ville de Paris) a été l’occasion d’échanges de points de vue intéressants. L’incitation financière et la récompense de comportement vertueux ont été notamment proposées.

Enfin, la matinée s’est conclue par un cocktail permettant à l’assistance d’échanger de manière informelle entre elle et avec les intervenants.

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Bravo à l’Ordif pour cette nouvelle organisation d’événement réussi. La queue impressionnante pour rentrer dans la salle et le peu de sièges vides dans l’auditorium ont démontré l’intérêt porté au sujet de la gestion séparée des bio-déchets par différents acteurs (entreprises, collectivités, associations, porteurs de projets européens) (1).

C’est essentiellement le volet méthanisation qui a été développé lors des différents échanges. Compost et « valorisation énergétique » (=l’incinération) ont été, à des degrés divers, mentionnés. Le tri mécano biologique, présenté parfois comme une solution quasi magique, a semble-t-il perdu beaucoup d’attraits pour la région Ile de France (tout comme l’incinération). Toutefois, une représentante du collectif 3R & de l’association Zero Waste France, initiatrice du plan B’OM nous a confié que, sur le terrain, la reconstruction de l’incinérateur et d’un TBM était, pour les promoteurs de ce projet à 1 milliard d’euros, toujours d’actualité…

Les présentations des intervenants devraient prochainement être disponibles sur le site de l’Ordif. Nous avons remonté auprès d’eux l’idée d’utiliser les licences creative commons d’une part pour sécuriser les personnes qui souhaiteraient exploiter ces informations (y compris de manière commerciale lorsqu’il sera temps d’utiliser de l’open data). Et, d’autre part, mieux valoriser des informations encore trop souvent perçues comme des débats d’experts & qui pourtant concernent tous les citoyens. C’est par le tri à la source de tous, la lisibilité & la traçabilité dans la gestion des déchets & un traitement ad hoc des bio-déchets que nous avons les meilleurs chances, à un coût viable & incitatif, de pratiquer une « économie circulaire » qui a du sens.

(1) Voir la liste des participants au dos du programme proposé par l’Ordif.

Le 16/03/2016,
Cyril Desmidt

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