Présentation des terrains de l’UE Design de service écologique et social

25/26 – Le terrain B.A.A.M. (Bureau d’Accueil et d’Accompagnement des Migrants – https://baamasso.org/fr/)

C’est une association créée en 2015, organisée par pôles (social, culture, juridique, français, LGBTI) et entièrement animée par des bénévoles. Le terrain était favorable et l’entretien s’est principalement concentré sur les questions d’équipement. Plusieurs irritants ont été identifiés : complexité des parcours d’accès aux droits, multiplication des démarches dématérialisées, enjeux d’identité numérique, besoins de traduction, mais aussi usages potentiels pour les bénévoles.

L’entretien a été mené avec un membre du pôle social. Il connaît très bien les personnes qui fréquentent la structure, tout en reconnaissant ne voir qu’une partie des situations. À ce stade, il n’identifie pas de besoin massif en smartphones, tout en supposant que les personnes les moins équipées n’accèdent peut-être pas jusqu’au B.A.A.M., souvent découvert en ligne. Cette hypothèse mériterait d’être approfondie par un second entretien, puis par une enquête auprès des personnes concernées.

La LocSoS imaginée est hébergée par le pôle social et fonctionne sur le principe du prix libre. Le personnage principal, Juanita, casse son téléphone et se retrouve en difficulté. Elle découvre la LocSoS par bouche-à-oreille pendant un cours de français qu’elle suit chez B.A.A.M.

La vidéo a été filmée en prises de vue réelles dans les locaux de l’Académie du climat (Paris). Elle présente beaucoup de points de forces : découpage du scénario, qualité des images, jeu d’acteur·rices, montage. Marges de progrès : plus d’investissement sur le soin du contexte, des décors situant le temps, l’espace, la vraisemblance des parcours.

25/26 – Le terrain Espace Jeunes Flandre

L’Espace Paris Jeunes Flandre est une structure municipale du 19e arrondissement gérée par la Fédération Léo Lagrange. L’entretien a été mené avec Mélanie, animatrice jeunesse depuis quatre ans. La structure accueille chaque jour une trentaine de jeunes, majoritairement les mêmes, et les accompagne au cas par cas : recherche d’emploi, soutien scolaire, BAFA citoyen, sorties…

Le terrain s’est révélé peu propice à l’exercice. L’interlocutrice est restée prudente, sans doute pour ne pas susciter de faux espoirs, et n’a pas véritablement investi l’hypothèse de la LocSoS. Aucun problème d’accès au smartphone n’a été identifié et la partie de l’entretien consacrée aux usages numériques n’a pas été retranscrite, laissant une importante zone d’ombre. Plusieurs contraintes structurelles ont été mises en avant : absence de personnel pour faire fonctionner le service, impossibilité de vendre des smartphones en raison du statut non lucratif de la structure et financements limités à des subventions fléchées. En revanche, Mélanie imagine que l’Espace Jeunes pourrait accueillir des ateliers de médiation numérique et évoque, sans l’approfondir, une implication possible des habitants du quartier.

Les étudiant·es ont donc largement complété ces éléments pour construire leur scénario. Ils imaginent une LocSoS principalement centrée sur l’accès au matériel, à travers trois situations : Yacine, privé de PRONOTE, Assa, freinée dans sa recherche d’emploi, et Mélanie, qui emprunte un smartphone pour encadrer les sorties de la structure.

Le film est réalisé en stop motion, à partir de mannequins de bois habillés de pâte à modeler. Les personnages et la représentation de la vie de la structure sont convaincants. En revanche, le temps de production a été mal réparti : les voix off prennent une place importante, le nombre de scènes animées reste insuffisant et plusieurs séquences ont été remplacées par des images générées.

24/25 – L’association Halaye (https://halaye.com/)

Créée en 2015 elle œuvre pour l’inclusion numérique dans les quartiers prioritaires du 19e arrondissement de Paris. Elle rassemble cinq salarié·es, quatre services civiques par an et quelques bénévoles. Elle accompagne des jeunes, des adultes et des seniors. Elle organise de nombreuses actions de médiation concernant l’accès aux droits et l’insertion professionnelle, notamment en partenariat avec France Travail. Son projet « Paris pieds d’immeubles numériques » a reçu le Trophée de l’entrepreneuriat social et solidaire de la Ville de Paris en 2024. L’entretien a été mené avec Anna, responsable de l’association.

Le terrain était favorable. Le gros enjeux évoqué est celui de l’accès aux smartphones : depuis 2017, l’association constate lors de ses ateliers en pied d’immeuble que certains habitants n’en possèdent pas. Quelques appareils sont mis à disposition, mais uniquement pour la durée de l’atelier. Pour être viable, un service de location devrait rester presque gratuit pour les bénéficiaires ; un montant max de 2 € par mois est évoqué pendant l’entretien.

Les étudiant·es imaginent alors une LocSoS “mobile” à l’occasion des ateliers pied d’immeuble de l’association Halaye. Dans leur scénario, Émilie, éducatrice de rue, oriente un jeune sans téléphone vers un de ces ateliers pied d’immeuble. C’est l’association qui prend en charge l’ensemble du dispositif, du contrat à la médiation.

Le tournage mêle personnages Playmobil et décors fabriqués à partir de photographies, de carton, de papier, de peinture et de tissu. Malgré la richesse de l’enquête, le groupe a rencontré d’importantes difficultés d’organisation le jour du tournage, l’implication des étudiant·es étant très inégale.

24/25 – Le groupe Adoma

Le terrain Adoma 92 (www.adoma.cdc-habitat.fr)

Adoma est une société d’économie mixte, filiale de CDC Habitat et acteur du logement accompagné. L’entretien a été mené avec la responsable du développement social des Hauts-de-Seine, qui pilote l’accompagnement de 4 500 résident·es. Il met en évidence une grande diversité de situations : précarité financière, barrière de la langue, difficultés de lecture sur écran, écart technologique chez les personnes âgées ou encore instabilité des numéros de téléphone, au point qu’au plus fort de la crise sanitaire, près de la moitié des contacts se sont révélés erronés. L’accès au smartphone n’apparaît ainsi que comme une partie du problème. Selon les parcours, les besoins portent aussi sur l’accompagnement, la configuration de l’appareil ou son intégration dans le quotidien.

Le terrain est riche du point de vue des besoins, mais contraint par la faisabilité. En tant qu’organisme de logement social, Adoma ne peut ni louer ni vendre des téléphones. Le recours à des prestataires étant lui aussi encadré, un partenariat avec une collectivité ou d’autres acteurs de la structure serait à explorer.

Le scénario suit deux personnages confrontés à l’isolement. Aïssata ne parvient plus à joindre ses enfants restés au pays et se heurte aux démarches administratives. Mamady, venu de Guinée rejoindre son fils, se perd faute de pouvoir utiliser son téléphone. Tous deux découvrent la LocSoS dans leur structure d’accueil, où Nora, travailleuse sociale, les oriente vers des ateliers. Mamady apprend notamment à utiliser Organic Maps, une application libre fonctionnant hors ligne.

Le tournage, réalisé en stop motion, a mobilisé l’ensemble du groupe. Le scénario est solide, les voix off soignées et la progression bien construite. En revanche, le film reste trop long et le montage perd en cohérence dans sa dernière partie, où plusieurs transitions ont dû être improvisées.

Le 21/07/2026
Justine Hannequin